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QUI EST FARRAKHAN? (première partie)  Le 25 mars 1996, L’Honorable Louis Farrakhan a accordé une entrevue aux rédacteurs et reporteurs du journal Arizona Republic de PhÅ“nix. MINISTRE LOUIS FARRAKHAN (MLF) : En tant que résident à temps partiel de PhÅ“nix, c'est un véritable honneur pour moi d'être assis à vos côtés. Tout d'abord, ce que je trouve quelque peu perturbant, c'est de savoir qu'une personne puisse grandir en Amérique, grandir dans la communauté noire, y travailler pendant 40 ans et malgré le fait qu'elle soit parvenue à susciter l’attention nationale et internationale, les blancs, en particulier, n'ont toujours pas ce que je considère comme une bonne compréhension de cette personne. Il me semble que la communauté blanche s’intéresse toujours aux personnes qui deviennent des portes paroles pour les opprimés et je crois qu'il y a un énorme manque de compréhension en ce qui concerne Louis Farrakhan. Donc, je suis ici ce matin pour vous donner de l'information sur moi, sur mes croyances, sur notre direction actuelle [La Nation de l'Islam], sur La Tournée Mondiale de l'Amitié [World Frienship Tour], et ainsi je suis disposé à répondre à toutes les questions que vous désirez me poser. J'ose espérer que ceci permettra au public américain de mieux connaître Louis Farrakhan, au lieu de se fier aux extraits de 30 secondes diffusés à la télévision par ceux qui ont une opinion très différente de moi, une opinion très différente de ce que je crois être en réalité. Cela étant dit, j'espère que, puisque j'ai accepté de me soumettre à cette entrevue, vous vous sentirez libres de me poser toutes les questions désirées en ce qui à trait la Nation de l'Islam, la religion Islamique, les objectifs de l'Islam, ainsi que toutes les questions relatives à ma tournée mondiale. Il me fera un grand plaisir d’essayer de répondre à toutes ces questions. Merci infiniment. ARIZONA REPUBLIC (AR) : D’après vous, comment le public blanc vous perçoit-il et comment aimeriez-vous être perçu à leurs yeux ? MINISTRE LOUIS FARRAKHAN): Je n’ai jamais vraiment eu d’audiences blanches. Pendant les 40 dernières années, toutes mes audiences ont été principalement noires, pas même hispaniques, asiatiques ou arabes. Par contre, telle que la Million Man March (Marche d’Un million d’Hommes) a pu le démontrer, le peuple noir a une assez bonne compréhension de Louis Farrakhan, car cet appel fut lancé par lui et plus d’un million de personnes y ont répondu. Cela confirme, à mon avis, que ces personnes connaissent quand même assez bien Louis Farrakhan. Malheureusement, durant la campagne de Jesse Jackson, j’ai suscité l’attention publique nationale en tant que personne portant (faussement) l’étiquette d’un «antisémite », d’une personne «raciste », «anti-blanc » etc. Alors, la plupart des blancs qui ont entendu parler de moi pensent que je suis un antisémite, un raciste, un anti-américain et un anti-Chrétien. La perception que je préfère est: Quelle est la vérité ? Une perception n’est pas nécessairement la réalité. Donc, j’aimerais que les gens me perçoivent tel que je suis réellement Ceci veut dire que vous ne pouvez pas tout simplement regarder Farrakhan et le caser comme un fanatique, un antisémite, un homme qui prêche la haine ou un anti-blanc. Il doit y avoir quelque chose de plus que ces quelques noms méprisants pour décrire une personne. J’espère donc qu’à travers des gens comme vous, c’est à dire des gens qui savent regarder derrière les masques, vous découvrirez le vrai Louis Farrakhan, peu importe votre première impression de lui. Car j’aimerais être perçu tel que je suis. AR : Allez-vous tendre les bras aux autres communautés ? MLF: Oui. Et non seulement ai-je l'intention de leur tendre les bras, mais j'ai aussi l'intention de m'adresser à la communauté hispanique, la communauté arabe et la communauté blanche. J'aimerais également avoir l'opportunité de m'adresser à une synagogue juive, car je crois que les juifs auraient besoin d'apprendre à mieux me connaître et d'avoir une meilleure image de moi. Il en va de même pour les blancs. Pour vous dire franchement, j'ai eu plusieurs rencontres avec des rabbins juifs. Durant ces dialogues, j'ai pu apprendre quels étaient les points sensibles pour les juifs en particulier, et les blancs en général, en rapport avec certains mots ou certaines expressions que nous utilisons fréquemment dans la communauté noire, qui à nous, ne nous semblent pas choquants.  Prenons le contexte suivant; lorsque vous parlez à votre peuple vous utilisez des mots que votre peuple comprend. Par exemple, vous utilisez certains mots dans un contexte irlandais en tant qu’irlandais, même si ceux-ci peuvent être négatifs. Ce qui fait qu’un irlandais ne se sentira pas mal à l’aise parce que vous parlez l’irlandais et que vous êtes irlandais. Mais si une autre personne se met à parler à votre peuple de la même façon, cela risque d'être choquant. En parlant à des gens qui ne font pas partie de votre groupe, vous apprenez à comprendre leurs points sensibles. C'est l'une des raisons pour laquelle je désire parler à d'autres groupes en dehors de mon peuple. Je désire m'adresser à l'ensemble des groupes qui constituent l'Amérique pour bien comprendre ce qui est délicat aux yeux des autres cultures et des autres ethnies. De cette façon, mes paroles ne seront pas considérées aussi choquantes par certains, car elles ne sont pas nécessairement choquantes pour la communauté noire. AR : Si vous pouviez présentement vous adresser à une synagogue juive, quel serait votre message ? MLF: En parlant avec ces rabbins, l'un d'entre eux m'a demandé si j'accepterais de parler devant le Conseil des Rabbins (Board of Rabbis). Je lui ai dis que bien sûr, il me ferait plaisir de leur parler dès demain s’il serait en mesure d'organiser une telle rencontre. Puis un autre des rabbins qui présent me demanda, "désirez-vous visiter l'une de nos synagogues?" Je lui ai répondu que nous pourrions en visiter une dès ce soir si cela était possible. Je crois sincèrement que si je me tenais devant le peuple juif en leur expliquant mes sentiments et mes véritables croyances, ils auraient une meilleure compréhension de qui je suis réellement, même s’ils ne sont pas nécessairement en accord avec moi. Je suis très ennuyé à l'idée que certains membres de la communauté juive puissent penser que je suis un autre Hitler, et que si jamais j'arrive à réunir une grande masse derrière moi, je leur ferai la même chose qu'Hitler et les autres qui leurs ont fait du mal.  Cela me perturbe beaucoup car, non seulement une telle pensée ne m’est jamais venue à l'esprit, elle ne me vient pas à l'esprit en ce moment et ne me viendra jamais à l'esprit. Je crois que mon attitude envers eux serait la même que mon attitude envers vous ce matin, c’est-à -dire franche et très ouverte. Car je pense que lorsque vous êtes franc et sincère avec les gens, ils apprennent à mieux vous connaître même s'ils ne sont pas d'accord avec vous. Ainsi, ils pourront au moins se faire une meilleure opinion à mon sujet. Donc, je me présenterai à eux tout simplement en leur parlant avec mon cÅ“ur et je verrai alors quelles seront leurs réactions. AR: Vous avez mentionné le désir de tendre les bras aux autres communautés. Allez-vous devenir plus impliqué à PhÅ“nix ? J'ai remarqué que la ASU (Université de l'état d'Arizona) et la Nation de l'Islam ont été impliqués dans une controverse concernant des tensions raciales. Ils ont organisé un événement jeudi dernier. Samedi, une des équipes d’exercices militaires (drill teams) de la Nation de l'Islam a participé à un événement à l'ASU devant près de mille jeunes noirs venant des quatre coins de l'état d'Arizona. Est-ce quelque chose que la Nation de l'Islam cherche à faire délibérément?  MLF: Et bien, nous faisons partie de la communauté. Nous en avons été séparés et nous tentons de mieux nous faire connaître. Nous sommes issus de la communauté et nous désirons la servir. La seule façon de la servir est de l'amener à nous comprendre et, de notre côté, nous pouvons dire que nous connaissons bien notre peuple et ses besoins. Nous travaillons pour la réalisation de ses désirs en harmonie et en coalition avec les autres groupes qui cherchent à servir cette même cause. Nous ne sommes pas contre le fait de bâtir des coalitions au-delà des différences de races ou d'identités. Nous savons que si nous devons connaître le succès en tant que peuple en Amérique, nous ne pourrons y arriver seul.  Il doit y avoir une aide de l’extérieur qui va nous permettre de développer des moyens de nous aider nous-mêmes. Nous ne sommes pas du tout contre les coalitions, mais nous sommes pour les coalitions qui avantagent tous les partis, et non le genre de coalitions qui n'amènent rien sur la table, soit le genre de coalitions où nous sommes complètement assujettis à la direction, aux instructions et à la philanthropie des autres. Nous voulons nous asseoir sur la table en tant qu'égaux, et ensuite penser à former des coalitions durables non seulement pour notre communauté, mais pour l'ensemble des communautés. Selon moi, la plupart de nos coalitions sont malheureusement désavantagées. Car, lorsque nous sommes assis sur la table avec nos homologues blancs, nous venons avec des idées mais sans avoir l'argent pour les réaliser. Donc, se sont des étrangers qui financent nos marches, qui financent nos différentes activités et, quand des gens financent vos idées, ils contrôlent habituellement la façon dont vous les réalisez. Or, nous ne croyons pas que notre peuple soit en mesure de progresser avec ce genre de coalitions, où seuls les intérêts de ceux avec qui il y a coalescence sont servis et les nôtres sont ignorés.        Toutefois, en arrivant sur la table avec une position avantageuse, c’est-à -dire en connaissant nos intérêts, nous sommes unis dans la poursuite de ces intérêts. Nous pourrons résolument nous asseoir sur une table avec des hispaniques, des blancs, des arabes ou des asiatiques, en amenant bien plus qu’une simple liste de revendications.  Nous sommes tous dans ce même bateau appelé l'Amérique et il se trouve dans une situation très, très critique. S’il coule, nous allons tous en souffrir que l'on se considère comme faisant partie d'une communauté opprimée ou non. Nous avons tous un engagement ici. Voilà pourquoi des coalitions sont nécessaires. Mais ces coalitions doivent reposer sur l'équité, le franc jeu et la liberté d'apporter quelque chose d’autre que de simples exigences sur la table.  AR : Concernant le dernier point qui affirme que les États-Unis se trouvent dans une situation très, très critique, quel est, selon vous, le facteur principal qui cause une telle situation. Y a-t-il une solution, dans le meilleur des mondes, que ce pays refuse de considérer? MLF : Pour ce dernier point, « dans le meilleur des mondes », il n’y a présentement aucune nation, à mon avis, capable d’arriver à la cheville des États-Unis. Ce pays est une superpuissance tant aux niveaux économique, politique que militaire. Mais de mon point de vue, il n’est certainement pas une superpuissance au point de vu moral. C'est pourtant la droiture d'une nation qui l’a soutient. Si l’Amérique n'est motivée que par ses intérêts, et que ses intérêts internationaux sont reliés à près de 400 entités corporatives qui déterminent la politique domestique et étrangère américaine, nous nous trouvons dans une très mauvaise position. Surtout si lesdites corporations sont soutenues par l’avarice, ce que l’on ne peut considérer comme étant une bonne qualité morale. Étant donné que la politique est ce qui permet aux États-Unis d’interagir avec les autres nations, et que cette politique est dictée par une avarice qui est jumelée au pouvoir, à la richesse, à la puissance militaire et au poison du racisme, il est normal que ce pays connaisse le même sort que les empires du passé. Des empires qui ont mérité la colère de Dieu et ont vu leur civilisation s’effondrer.  Je vois cette nation aller dans la même direction et j’espère devenir la voix de celui qui crie dans le désert pour les juifs, les noirs, les blancs, mais particulièrement pour le gouvernement. Nous sommes sur la mauvaise voie et si nous ne changeons pas de direction, nous risquons de subir de graves conséquences. La chose que je souhaiterais le plus au monde, serait de voir les leaders spirituels enseigner le genre de valeurs qui permettent aux nations d’atteindre leur apogée. Qu’ils ne compromettent plus les principes enseignés par les prophètes au nom du modernisme ou de l’humanisme qui compromettent les valeurs qui permettraient à cette nation d’atteindre le sommet et ce, de façon perpétuelle! AR : Quelles sont ces valeurs, ces principes immuables qui permettent aux nations d'atteindre leur apogée ? Pourriez-vous les énumérer ? MLF : Oui. Moi, je juge que la croyance en Dieu est nécessaire et ce, peu importe le nom par lequel vous l'interpellez. Croire en la souveraineté de Dieu dans nos vies. Il est Celui qui nous donne la vie, Il est donc dans la meilleure position pour diriger. Alors, nous devrions nous tourner vers Lui pour trouver l’orientation. De cette orientation va naître un système de jurisprudence, de valeurs sociales, un système de valeurs économiques et familiales. Toutes ces valeurs proviennent de notre croyance en Dieu une fois que nous désirons obéir à sa volonté.  Une telle croyance en la Puissance Divine existait au tout début de l'histoire des États-Unis mais elle n’incluait pas nécessairement le traitement des noirs en tant qu’êtres humains. Donc, voici que l'Amérique au summum de sa gloire, est aux prises avec un problème qui a commencé avec l'institution de l'esclavage après l'écriture d'un magnifique document par les pères fondateurs de cette nation, un document qui n'incluait pas les noirs au moment où il fut rédigé. Alors, les Américains qui devront établir si oui ou non les pères fondateurs de cette nation avaient une vision étroite des choses et qui désirent que ce pays devienne multiracial et multiculturel, doivent élargir leur vision de façon à inclure toutes les personnes qui sont différentes. Vous faites face au terrible problème du Noir contre le Blanc, du riche contre le pauvre, ainsi qu'à de sérieux problèmes économiques. Car ce qui est discuté au Congrès en ce moment, à savoir si nous allons équilibrer le budget en sept ou en cinq ans, est peut-être critique, mais cela découle de l'immoralité. Je terminerai en disant que nous avons tous une part de responsabilité en ce qui a trait à la condition morale de cette nation. La dégénérescence culturelle qui s'aggrave de jour en jour à la radio, à la télévision, dans les journaux et dans les magazines, ne fait qu’asservir l'être humain à ses bas instincts et laisse la masse ignorante à l’intérieur d'une démocratie. Cette situation est très, très critique, et elle demande que chacun d'entre nous la regarde de façon intelligente si notre vÅ“u est de sauver l'Amérique du danger qu'elle s’inflige elle-même. Car, en ce moment, il n'y a aucune force externe qui puisse détruire les États-Unis. Par contre, il existe une démoralisation interne qui n'est pas considérée par les dirigeants spirituels, politiques et économiques. Pourtant, ils ont grandement tiré bénéfice de ce pays, mais ne lui démontrent que très peu de patriotisme. Voyez-vous, le patriotisme n'est pas le modus operandi des corporations américaines. Si tout ce qui compte pour vous est de gagner un dollar et de vous remplir les poches au dépend de la nation qui vous a donné la chance de vous enrichir, nous avons de très, très sérieux ennuis.  Les politiciens ne sont pas assez francs d'après moi. Ils veulent parler d'espoir et rêver d'un avenir meilleur, mais ils n'ont pas la force morale, ni le courage de faire face aux vrais problèmes de ce pays. Les gens m’ont souvent comparé à Pat Buchannan. Pat Buchannan est une personne très franche. Que vous soyez d'accord avec lui ou non, c'est un homme qui défend ses croyances avec beaucoup d'ardeur. Il s'exprime avec passion car il se sent concerné par l’avenir de cette nation. Il est du devoir de chacun de décider si, oui ou non, il est en accord avec ses idées mais il reste que nous avons besoin de personnes franches comme lui, qui osent parler contre les pratiques qui sont en train de complètement détruire ce pays.  AR : Espérez-vous devenir un joueur déterminant durant les prochaines élections, étant donné le pouvoir et l'influence que vous avez maintenant ? MLF : J'aimerais aider le plus de gens possible, qu'ils soient noirs, hispaniques, arabes, asiatiques ou même blancs, à participer au processus électoral.  J'aimerais que leurs votes aient du poids dans ce processus. Particulièrement pour les noirs qui sont majoritairement démocrates, mais qui n'ont pratiquement jamais rien tiré de ce parti malgré tout le soutien qu'ils lui ont donné. Nous mettons nos espoirs en des individus au lieu de les mettre dans un programme qui servirait nos intérêts.  Si nous, c'est-à -dire la Nation de l'Islam, ainsi que tous ceux qui sont responsables du succès de la Marche d'Un Million d'Hommes, pouvons réussir à rassembler, puis mobiliser ces votes pour développer un programme qui va servir les intérêts du plus pauvre et du plus faible de la société, nous pourrons alors demander aux deux partis d'adresser nos préoccupations. Donc, par la Grâce de Dieu, je souhaite influencer la direction du processus électoral, mais non pas en tant que politicien.  AR : Y a-t-il en ce moment un candidat qui vous intéresse? MLF : Non, pas du tout. Monsieur Clinton, d'après ce que j'ai lu ce matin, reçoit beaucoup de support de la part de la communauté noire. Pourtant, monsieur Clinton a entrepris de plus grandes démarches pour démanteler la politique d'équité d'emploi (affirmative action) que la Court Suprême. Le président Clinton avait de belles paroles à dire à propos de l'équité d'emploi, mais n'a pas du tout tenu ses promesses. Malgré cela, notre peuple est demeuré loyal au parti démocrate et donc, nous aimerions que monsieur Clinton soit plus sensible aux besoins des noirs, des hispaniques, des asiatiques et des arabes. Nous ne pouvons plus laisser monsieur Clinton s'en tirer avec de beaux discours. Nous devons lui présenter un programme qui servira non seulement les intérêts du peuple noir, mais qui servira également les intérêts des peuples hispaniques, asiatiques, de même que ceux des blancs qui vivent dans la pauvreté.  Si toutes ces préoccupations ne sont pas considérées, nous risquons de revivre des événements semblables à celui d’avril de l’an dernier soit, l'explosion d'un l'immeuble fédéral à Oklahoma et la montée d'une milice qui sent que son gouvernement n'est pas sur la bonne voie. Il s’agit d’un sentiment que nous voyons graduellement se proliférer aux États-Unis. Pendant que les politiciens continuent à dire des sottises et faire de l'enfantillage, le peuple américain souffre et devient de plus en plus mécontent du processus politique. C'est alors que vous risquez de faire face à la possibilité d'une situation d’anarchie et éventuellement à une révolution. Nous ne pouvons prétendre que cela ne pourrait jamais arriver en Amérique, surtout après avoir vu l'empire russe s'effondrer en un clin d’œil et le Shah en Iran être renversé, malgré tout le support qu’il avait des États-Unis. Le président Ceausescu de Roumanie, si solidement établi sur son trône, a lui aussi connu la fin de son règne en moins de quelques minutes. Si nos propres services d'intelligence n'ont pas vu venir ces événements, c'est peut-être qu'ils jouent à l’autruche et veulent garder la tête dans le sable.  Par contre, même si nos têtes sont dans le sable, le reste (du corps), lui, est exposé. Donc, il me semble sage de tenter de remédier à l’insatisfaction du peuple américain en s'attardant plus attentivement à ses besoins. Autrement, nous pouvons nous attendre à une situation très, très difficile pour les quatre prochaines années, non seulement dans ce pays, mais partout dans le reste du monde.  AR : Et que faites-vous des leaders noirs tel que Jesse Jackson, Benjamin Chavis et les autres ? Pensez-vous qu'ils font un travail adéquat ou devraient-ils en faire plus? MLF : Nous pourrions faire beaucoup plus de travail si nous étions unis au lieu d’être divisés de la sorte. Le Révérend Jackson est un homme brillant et très talentueux, aussi bien sur le plan spirituel que politique. Il joue un rôle très important non seulement en se qui concerne les questions relatives aux noirs, mais également en ce qui concerne l’Amérique, dans son ensemble. Kwesi Mfume, qui assure la direction de la NAACP, Hugh Price du Urban League et la Nation de l’Islam, ont tous un rôle significatif à jouer dans ce combat. Seulement, nous n’y arriverons jamais séparément. Je crois en une stratégie collective qui a pour but de s’unir et de former un consensus dans une même direction. Ce sera non seulement bénéfique pour les noirs, mais également pour l’ensemble des États-Unis.  Je terminerai sur cette question avec une pensée de Martin Luther King, qui disait que les opprimés, de par leur souffrance, deviennent la conscience morale d'une nation. Présentement, il n'y a aucune superpuissance capable de rivaliser avec les États-Unis. Auparavant, nous avions un équilibre de pouvoir entre la Russie, en Orient et les États-Unis, en Occident. Ceci permettait aux nations pauvres de se positionner soit, en faveur des États-Unis ou soit, en faveur de l’Union soviétique, afin d’obtenir certains privilèges de la part de l'une ou l'autre de ces deux superpuissances. Mais l’Union soviétique n'existe plus et, l'Angleterre et la France ne sont plus les grandes puissances que l’on connaissait autrefois d’où la formation d'une **CEE, la Communauté Européenne**. Cependant, cette communauté n'est pas constituée pour rivaliser avec les États-Unis, ni pour rendre les États-Unis plus justes ou encore responsables sur le plan moral. Les noirs d’ici ont une contribution unique à faire pour la survie de cette nation. Voilà pourquoi je crois que mon travail est de faire appel au peuple noir en particulier et aux opprimés en général, pour qu'ils s'engagent à défier les États-Unis. Non pas à travers les armes, car je ne pense pas que cela soit nécessaire, ni en ayant recours à des activités terroristes qui enlèvent la vie à des innocents. Je crois plutôt à la force de notre union et au pouvoir de la raison. Je pense que si le peuple américain peut prendre conscience du droit chemin, il le suivra, et cela est d'après moi la responsabilité des médias. Car, il n'est pas dans l’intérêt du peuple américain d'avoir une presse qui n'est pas réellement forte, ni réellement libre. Les médias doivent être libres pour que l'Amérique puisse être forte et libre. J'ai lu un article dernièrement dans un journal qui disait que les médias ne devraient pas devenir des espions. "Ils ne devraient pas", mais n'empêche que certains le sont. Il y a, depuis des années, des gens parmi les médias qui sont placés par la CIA et le FBI, et ce, dans le but de diffuser certaines manchettes. À long terme, une telle pratique n’aide pas du tout les États-Unis.  Maintenant, je suis une voix que vous n'aimez peut-être pas entendre, mais cela ne fait aucune différence car je n’essaie pas de gagner un concours de popularité. Toutefois, depuis que vous citez mes paroles correctement, cela me suffit. Je n'ai pas besoin qu'on me lance des roses. Ce que je demande c'est que vous fassiez des recherches, posez-moi des questions complexes si vous le désirez, mais par la suite, citez mes réponses avec exactitude. Comme ça, le peuple américain ne sera pas trompé par de fausses paroles et il n’aura plus peur de moi. Et si vous avez la moindre crainte à mon égard, j’aimerais bien la dissiper.  La Marche d'Un Million d'Hommes, qui fut un grand triomphe de notre volonté, un grand triomphe de notre force de caractère, a eu lieu un lundi. Tout le monde nous disait, "vous ne pouvez pas faire ça un lundi, vous devez faire cet événement la fin de semaine". Je leur ai dit non. Ça doit être un lundi, pendant que le gouvernement et les écoles sont fonctionnels et que les gens s’apprêtent à aller travailler, car je voulais voir s’ils seraient prêts à faire un sacrifice; et ils l'ont fait. C'est toute une masse d'êtres humains qui a répondu à cet appel. Pourtant, même au point culminant de cette "manifestation de pouvoir et d'influence", remarquez que je n'ai jamais menacé l'Amérique pendant mon discours. Je n'ai jamais dit "Nous allons leur faire ceci ou cela". C'était toute une armée d'hommes noirs qui se tenait devant moi. Vous pouvez prétendre qu'ils ont aimé le message et qu’ils n’ont pas aimé le messager si cela vous enchante. Mais ils ont tous aimé le message autant que le messager. Ne vous laissez pas duper par ceux qui cherchent à manipuler vos craintes. J'ai voulu démontrer que je n'ai pas du tout l’intention d’être une menace. Mon but est de faire le bien pour mon peuple étant donné que l’Amérique est le seul pays que je connaisse. Malgré le très grand amour que je porte pour l'Afrique, c'est ici chez moi. J'aimerais que l'Amérique se redresse et je désire jouer un rôle dans son redressement. Puisque nous ne sommes ici que pour une courte durée, nous devrions nous demander qu'est-ce que nous aimerions léguer à nos enfants et à nos petits enfants. Est-ce cette Amérique que nous aimerions leurs laisser? Je ne pense pas. Alors, nous avons la responsabilité de rendre les choses meilleures qu’elles l’ont été dans le passé, ou meilleures que ce qu'elles sont en ce moment. Â
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